histoire d'une forteresse volante abbattue à Saint-Colomban, près de Nantes, le 4 juillet 1943

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résumé historique
MEMORIAL DE BESSON
1943 - 2004
3,4,5 juillet 2004
revue de presse
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N° 42-5053
briefing
crash 4 juillet 1943
à St-Colomban
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rapport


Jean Nicolas


Résistant
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Source écrits de Jean Nicolas

M. et Mme Jean NICOLAS
31 rue de la Grève
29160 LANVEOC

Le 20/12/1994

Réfractaire au S.T.O. et engagé dans la résistance en juin 43 au groupe de Basse-Indre L.A. sous les ordres de Jean Ligonday qui sera chef de libe-Nord région Ouest. Après l’arrestation du général Audibert, Ligonday sera lui-même arrêté à Rennes en avril 44 et déporté. J’ai donc eu le grand plaisir de récupérer ces 2 aviateurs dans le secteur de St-Philbert de grandlieu. Nous étions à trois à les accompagner à vélo. 35km la traversée de la Loire au bac de Basse-Indre.
Cette photo a été prise le 14 juillet 1943 chez Jean Ligonday devant le drapeau français et développée chez un photographe originaire de Douarnenez (Louis Guillou) son épouse étant comme moi de Lanveoc. Son frère également installé comme bijoutier à Basse-Indre. Un autre résistant de notre groupe était également d’origine Douarneniste, Henri Guennec domicilié à Ste Pazanne L.A. Il fût déporté en 44 de même que son épouse.
J’ai eu l’occasion fin septembre d'accompagner également 2 aviateurs anglais à Chateaubriand, qui furent camouflés à Chantenay. Je n’en ai jamais entendu parler d’eux depuis. Si mes souvenirs sont bons, ils avaient été abattus lors du bombardement de Nantes le 23/09/44 Pour complément, vous pouvez vous reporter au livre de Boterf « La Bretagne dans la guerre » Tome III page 271, 272 Le pilote était William Wetzel (27 ans) Ralp McKee étant officier navigateur (21 ans) Si vous le désirez, j’ai une autre photo où se trouve Jean Ligonday, son épouse et moi-même en compagnie des 2 américains.
Vous souhaitant bonne réception agréer je vous prie mes sentiments distingués.


Récit écrit par Jean Nicolas

Juin 1943 Jean Nicolas, Raymond Rogel de Lanveoc, Pierre Roudaut de Crozon ont reçu leur convocation, de se rendre en gare de Quimper avec linge de corps, couverture, et nourriture pour 3 jours pour se rendre en Allemagne au titre du S.T.O.
Les trois amis eurent la chance d’être mis en relation avec A. Ledu, résistant à Crozon. Mr. Feroc de Brest, dont le frère, représentant en pharmacie à Nantes, leur proposa la solution nantaise, avec possibilité d’évasion vers l’Angleterre.
Cela se passa rapidement. A Ledu nous emmena à Chateaulun où Mr Feroc et sa mère nous prirent en charge. Arrivée en pleine nuit en gare de Nantes. Recommandations, séparez-vous, vous aurez de la visite sans tarder, en effet le temps de prendre contact, rendez-vous fût pris pour 17h à la gare. En attendant partez vers la campagne, reposez vous. Dans une ferme, où nous demandons de nous cacher dans la grange, on nous répond, votre place n’est pas ici mais au château, merci madame, nous nous camouflons dans un champ.
Le soir une voiture nous attendait à la gare et en route vers le destin. Logement 1 rue du bois d’Hérée à Chantenay où nous pourrons faire plus ample connaissance avec nos protecteurs appartenant au groupement FFI de Basse-Indre, sous les ordres de Jean Ligonday et responsable de Bretagne-Sud. Là nous signons notre engagement dans la résistance (il y en eu 700 dans la région) Ils nous assuraient une bonne part de notre ravitaillement, nous n’avions plus de tickets. Le café voisin, surtout la mère et la fille nous aidèrent beaucoup, nous prenant en amitié qui dure toujours ; le mari était Autrichien et travaillait dans un garage allemand. Jamais il ne nous dénonçât. Nous avions aussi, en cas de coup dur, un autre point de chute dans un café au bas de Chantenay, chez Pierre Mauge (Pierre, son épouse, son fils et sa mère furent arrêtés en janvier 1944, martyrisés, déportés, seule la nièce revint)
Nos amis travaillaient pour nous, Raymond et Pierre furent ? chacun dans une ferme à la Limouzinière, commune du canton de St-Philbert de Grand Lieu, moi je dûs attendre à Basse-Indre, logé chez le pharmacien ou l’épicier Félix Guyot (maire de Basse-Indre à la libération) Cela me permis de faire la connaissance de deux Douarnenistes, les frères Guillou, un bijoutier, l’autre photographe, marié à une Lanveocienne, cela nous rendit le moral. Cela me permit aussi avec Jean Ligonday et Félix Robic (autre résistant) d’aller récupérer deux aviateurs américains abattus lors du bombardement de Château-Bougon le 8 juillet. C’est un exploit de St-Philbert à Basse-indre, 35 km à vélo tous les cinq traversant les bourgades ? cantonnait l’Afrika-Corps passant la Loire sur le bac d’Indret. Camouflant nos gaillards chez Ligonday en plein jour. A la nuit tombée tout le groupe planqué dans les embrasures de portes, pour emmener à la douche et visite chez le Dr Pequin, ils en avait besoin et tous au bercail. Ils passèrent en France un bon bout de temps et firent plusieurs tentatives d’évasion accompagné de Pierre Mauge. Voir la Bretagne dans la guerre M. Boterf tome III page 271. J’ai retrouvé leurs traces aux USA par l’intermédiaire d’un officier américain basé à l’école navale, sa mère était bretonne originaire de Riec sur Belon, sa grand-mère tenait un étal aux halles à Quimper. William Wetzel était décédé. Ralph McKee, de mon âge, ingénieur à la NASA, m’a expédié le récit de ses aventures chez nous. (si cela vous intéresse, ma fille l’a traduit)
Je fus enfin placé à La Limouzinière, chez un artisan menuisier Mr Briand. J’étais chez eux comme à la maison, logé nourri, argent de poche, et j’avais retrouvé mes amis. Cela dura jusqu’à fin août. Un accident de travail m’obligeant à regagner Basse-Indre. Dés lors, je passais mon temps à accompagner Jean Ligonday à Nantes lors de réunions secrètes avec le Général Audibert. Je surveillais les alentours. Je me suis même payé le luxe d’aller en zone interdite jusqu’au Pouliguen chez un cousin ingénieur aux chantiers de St-Nazaire, passant 3 jours en famille, promenades en presqu’île de Guérande. Ligonday avait obtenu un laissez-passer à la kommandantur de St-Herblain et j’avais ma fausse carte. Tout s’est très bien passé et j’ai même embrigadé mon cousin (ci-joint un article d’un journal local) Le 16 septembre 1943, j’échappai de peu à la mort me trouvant sur les quais de la Fosse lors du 1er bombardement de Nantes. Le 23 septembre (2ème bombardement) j’étais de retour chez le père Briand juste pour mes premières vendanges. Je fus rappelé début octobre pour cette fois ci récupérer à Chateaubriand, toujours avec Ligonday et le chauffeur du camion, 2 aviateurs Anglais. Le voyage retour se passa bien. On s’est même permis de rentrer avant Nantes dans un café et d’y boire une bière. Avant de déposer nos colis chez Pierre Mauge. C’est lui qui les expédia ensuite par la filière Suisse. Le retour à Basse-Indre vers 1 heure du matin était délicat. Nous passions à vélo devant les dépôts de carburant de la Roche Maurice. Arrêtés par les sentinelles Jean exhiba sa carte de capitaine de service sanitaire dotée de la croix rouge. Quant à moi je n’avais que ma fausse carte. Il me fit passer pour son assistant revenant d’une opération à Nantes et hop !
Un jour on nous envoyât en mission tous les 3 à Ste Pazanne chez le responsable du secteur, chef de l’usine électrique encore un breton d’origine Douarneniste, Henri GUENNEC et son épouse « Tata » originaire des Landes. Tous deux seront arrêtés et déportés en janvier 1944 et reviendront des camps. Ils m’ont rendu visite en 1949. Henri est décédé il y a une dizaine d’années et son épouse (88 ans) s’est retirée à St-Céré (41)
Mais début novembre cela se gâte pour nous, nous sommes dans l’obligation de quitter La Limouzinière, de retour à Basse-Indre on nous embauche aux Forges du même nom. Toutes les semaines suivantes nous changeons de domicile, la délation est là, jusqu’au jour où le garde-champêtre (résistant) vient nous avertir de quitter notre travail illico, de traverser la Loire, pour rejoindre en face La Montagne, où l’on nous attend. La Gestapo sera à midi 10 au restaurant de la Terrase, face à chez Ligonday, où nous mangions et dormions et feront chou blanc. Le soir nous pourrons reprendre le bac et en route pour Chantenay chez un autre ami où nos bagages nous attendent et train de nuit pour Quimper sans ennui. Contact chez un industriel en face la gare de marchandise. Nous dormons chez le frère de Raymond, étudiant replié de Brest (rue Victor Hugo, moulin vert) à l’insu de la propriétaire.
Le lendemain on nous fait embaucher à la manutention de rails et traverses de chemin de fer pour réparer les lignes sabotées. Nous mangions au wagon-réfectoire, dormions dans un wagon-dortoir jusqu’au 5ème jour où un brasero mettra le feu au wagon dortoir. Notre cavale était terminée, nous décidâmes de rejoindre nos pénates. Raymond reprit son travail. Pierre aussi, sans difficulté. Ces entreprises travaillent pour la TODT
Quant à moi, je ne voulais plus travailler pour les Boches et me planquais soit chez mes parents ou des amis. Je restais malgré tout en relation avec Jean Ligonday (le courrier était adressé à ma sœur et détruit aussitôt) Fin décembre un groupe était constitué à Lanvéoc sous la responsabilité du Capitaine de réserve Coadou (Jules César qui sera Commandant de la place de Châteaulin à la libération : De Victor Noblet, notre ancien directeur d’école, Raymond et moi fûmes chargé du recrutement comme chef de groupe. Fin janvier nous étions une trentaine, jeunes et anciens. Notre groupe est d’ailleurs homologué officiellement sur la liste départementale.
Jean Ligonday fût obligé de quitter Basse Indre en janvier 44. Les ¾ du mouvement de Nantes est arrêté dont le Général Audibert et son épouse. Les Mauges, les Guennec, Dupont à la Limouzinière et d’autres que je ne connaissais pas. Bref le réseau est démantelé.
Replié sur Rennes, Ligonday continue son activité, il nous demande un jour de lui fournir renseignements et plans complets bien détaillés de la B.A.N. du Poulmec, cela fut fait par J Boss travaillant sur zone. En début mars, son frère Yves et moi-même, le plan réduit chacun la moitié cousue par ma tante, dans l’épaulette du pardessus, nous primes le train à Plomodiern via Rennes. Jean nous avait donné rendez-vous dans un hôtel, près de la gare. Nous avons passé la nuit au secours national. Nous nous rendîmes au rendez-vous. L’hôtel fourmillait d’Allemands, nous n’étions pas fiers, la préposée nous rassura, il ne tardera pas à venir le temps d’un déjeuner et il nous amène dans sa retraite, récupère les plans et nous reprenons le train. En avril, Jean fût arrêté, déporté, torturé mais il ne parla pas. Il m’avait conseillé par courrier de quitter mon domicile craignant de parler sous la torture. Une autre anecdote qui aurait pu mal tourner, sur la foi de bons renseignements notre trio à vélo allâmes trouver à St-Etienne de Corcoué, un Général de gendarmerie en retraite, de la promotion De Gaulle. Quel accueil, il gueulait à tout azimut qu’il ne voulait pas avoir à faire à des bandits, ameuta le voisinage. Nous dégageâmes les lieux en vitesse, cela se passait en août 43.
Raymond, peu après avoir fêté ses 22 ans (le 24/06) son frère Gilbert 19 ans furent pris dans la rafle du 30 juin 44 à Crozon. Ils ne reviendront pas des camps. Ils étaient les deux seuls enfants d’une modeste famille de Lanvéoc, le père y était facteur. Pierre et moi après avoir franchi les lignes ennemies à Pentrez avec onze gars de mon groupe, le 26 août 1944, mêlé à un convoi de réfugiés quittant la presqu’île, avons participé à la libération de la presqu’île, dans la compagnie du même nom. Nous engageâmes par la suite pour la durée de la guerre
Pierre au 118ème R.I moi au 19ème Rt de Dragons sur le Front de Lorient et dégagé des cadres en octobre 45.
Pierre est décédé dans sa cinquantième année
Jean Ligonday à la suite de l’arrestation du Général Audibert, fût nommé responsable de Libre-Nord pour la Bretagne. Je possède un double de son activité résistante qui me fût offert suite à l’inauguration d’une place à son nom à Basse-Indre. Je vois également son fils à Ste-Luce sur loire quand je me rends à Nantes. De même que les 4 survivants du groupe de Basse-Indre depuis 90 je suis le n°5.
Je joins également une photo prise le 14 juillet 1943 chez Jean Lignonday. Y figurent Jean et son épouse, les 2 américains et moi-même. La photo fut prise par Félix Robic.
Ma prose est peut-être un peu longue il y aura sans doute des fautes. L’orthographe est comme le bonhomme, elle vieillit. Ce sont des aventures qui marquent une vie et que l’on n’oublie jamais. Le traumatisme des jeunes n’existait pas à cette époque. Heureux était celui qui en échappait.
En 1942 pour sabotage de biens allemands, je fus emprisonné du 12 mai au 12 juillet. J’ai connu les prisons de Mesgloaguen où j’ai connu dans la même salle, le bedeau de l’Ile de Sein.
Portzmoguer, ma fille en vacances à sein, y a rencontré sa veuve il y a 2 ans. De Mezgloaguen en route pour la France. Le cherche-Midi et promenade de gare de Lyon, chacun son gardien nous tenant par la manche, devant des gens indifférents, route vers Fort-Hauteville Dijon gardé par Français, dont un douanier de Concarneau qui me rendra beaucoup de services (recevant particulièrement mes colis) des jeunes bretons me tenaient compagnie de Landerneau , Rosnoin, St-Mzlo (2 frères 13 et 14 ans 4 ans de prison pour avoir trouvé un révolver dans une poubelle) ceci termine l’épisode de 3 jeunes finistériens.


Lire la biographie de Jean Ligonday

Lire la biographie du Général Audibert


Jean Nicolas, William Wetzel,Jean Ligonday et son épouse, Ralph McKee
Plaque commémorative poséee en 2006 près de l'escalier reliant la rue Jules Launey au Bd Cardiff à Nantes