histoire d'une forteresse volante abbattue à Saint-Colomban, près de Nantes, le 4 juillet 1943
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résumé historique
MEMORIAL DE BESSON
1943 - 2004
3,4,5 juillet 2004
revue de presse
HISTOIRE DU B17
N° 42-5053
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à St-Colomban
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Jean Chataigner (4 juillet 2004)Jean Chataigner - 7 juillet 2003 (80 ans)
"Il me confie qu'il a caché un Américain"

Pour bien comprendre le début et le déroulement de cette histoire, je dois tout d'abord remonter au mois d'avril 1943 :

J'appartenais alors, depuis le mois de décembre 1940 (j'avais à cette époque 17 ans), au mouvement de résistance " Front National Etudiant " . Au mois d'avril 1943 (je ne me souviens plus exactement de la date), j'avais un rendez-vous avec l'un de mes camarades du Lycée Clemenceau, à Nantes, nommé Charles AUBERT, qui était en contact et faisait partie de ce réseau. Ce rendez-vous était fixé au café " Le Continental ", place Royale à Nantes. Ce-jour là, Charles AUBERT devait me remettre de " vrais-faux papiers ", destinés à des camarades recherchés et à des réfractaires au STO. (Service Travail Obligatoire). Ces " vrais-faux papiers " nous étaient fournis par les services de la préfecture de Nantes. En arrivant, bien entendu, à l'heure dite au " Continental ", je remarque immédiatement la présence, à trois tables différentes, de trois individus qui puent la Gestapo à quinze pas, mais surtout, l'absence de Charles AUBERT. C'est le piège dans toute son horreur, et ce n'est pas le moment de perdre son sang froid ! Bref, je parviens à leur échapper sans qu'ils aient le temps de me tirer dessus. A cette époque j'avais mes jambes de 20 ans et je courais vite. Et puis, c'est la fuite vers l'Espagne où nous avions la chance d'être recueillis par le général FRANCO, et d'échapper ainsi aux Allemands. Malheureusement, pendant ce temps, mon père fut arrêté chez nous par la Gestapo. Ma mère parvenait cependant à me joindre (la veille de mon passage en Espagne) chez l'un de mes oncles près de Perpignan où j'avais trouvé refuge. Aussi pas question pour moi de quitter la France, je retournai au pays sans me faire prendre. J'y apprendrais peu de temps après que Charles AUBERT avait été fusillé (1), vendu par sa petite amie dénommée " Kora ", qui était en réalité un agent du contre espionnage allemand, et de plus, la maîtresse du chef de la Gestapo de Nantes !!! Bref, au mois de juillet 1943, en raison de toutes ces péripéties, je n'avais plus aucun contact avec les réseaux.

pont de la Boulogne sous l'occupation allemande à st-Philbert Le dimanche 4 juillet 1943, Je suis dans le bourg de ST PHILBERT DE GRD LIEU, quand j'entends un bombardement sur CHATEAU-BOUGON. Il fait un temps splendide. Je me dirige tout naturellement vers le pont de la Boulogne pour voir ce qui se passe, et je suis rejoint par un camarade, Bernard PAPIN, sympathisant de la Résistance. (Il terminera la guerre en Angleterre comme lieutenant de paras).
Peu de temps après, nous voyons se dirigeant vers nous, une " forteresse " en feu, qui perd rapidement de l'altitude et qui est rejointe par deux chasseurs allemands qui l'achèvent. Je me souviens n'avoir vu que sept aviateurs sauter en parachute. Nous prenons alors nos vélos après avoir observé la direction où le vent dirigeait ces rescapés, dans l'intention de pouvoir en soustraire aux Allemands, dont la garnison à St Philbert de Grand lieu était d'environ 500 hommes. Vers le Port Boissinot, nous arrivons trop tard, l'un des rescapés vient de se faire prendre bêtement par ces Messieurs. Un peu plus loin, un autre Américain, les deux jambes brisées(2), est adossé à une haie. Evidemment nous ne pouvons rien pour lui. Je vois ensuite deux autres rescapés dans une voiture découverte allemande. Ils sont, bien entendu, prisonniers. Je leur parle, mais un officier allemand s'en aperçoit et me menace de son pistolet. Bref, les Allemands réussissent à capturer cinq de ces aviateurs, mais deux resteront dans la nature. Tout le monde s'agitera pour les récupérer... Résistance et Allemands!
Dès le lendemain, je crois, Monsieur Marcel BIRET, qui demeure au village de Loterie, vient me trouver, se doutant de mes relations avec la Résistance, en raison de l'arrestation de mon père au mois d'avril précédent. Il me confie qu'il a recueilli un Américain à son atterrissage et qu'il le cache chez lui. Il désire, et on le comprend, s'en débarrasser au plus vite, mais comment ? Je lui explique que je n'ai plus aucun contact avec la Résistance depuis mes " ennuis " et l'arrestation de mon père et l'exécution de Charles AUBERT. C'est la catastrophe ! Quoi faire ? Si les Allemands découvrent cet Américain chez Marcel BIRET, ce dernier risque gros pour lui et sa famille aussi.
Mais le Bon Dieu est avec nous ! Le lendemain, je vois venir à la maison, Eugène DUPONT, ouvrier boulanger à LA LIMOUZINIERE. Je ne l'ai jamais vu, nous ne nous connaissons pas. Se doutant lui aussi de mes contacts avec un réseau quelconque, il se jette littéralement à l'eau, connaissant les ennuis de ma famille avec l'occupant. Il me confie qu'il appartient à l'armée secrète (Libé. Nord) dont le chef pour l'Ouest de la France est le général AUDIBERT, 5 étoiles avant l'Armistice. Il recherche les deux Américains, car tout le monde sait que les Allemands n'ont pas récupéré tous les " parachutistes ". " Savez-vous où ils sont ? " me demande t-il. Bien entendu je ne sais absolument rien ! Dans cette période où notre vie ne tient parfois qu'à un fil, on se méfie de tout le monde. Ils ne sont pas nombreux, mais les dénonciateurs existent ! Je jure mes grands dieux que je ne sais rien, mais finalement devant l'insistance et la " bonne mine " de mon interlocuteur, je me jette aussi à l'eau et je lui dis " Je sais où est caché l'un des deux Américains ".
Contact est alors pris par Eugène DUPONT avec Jean LIGONDAY (3), pharmacien à BASSE INDRE, lequel est l'un des adjoints du Général AUDIBERT. (Jean LIGONDAY sera ensuite déporté à BUCHENWALD lors des arrestations de janvier 1944). Nous préparons alors l'évasion de notre Américain, qui est chez Marcel BIRET depuis deux ou trois jours. C'est urgent, car les Allemands ont même rendu visite à notre ami Marcel. Il faut absolument trouver un autre gîte pour notre ami, en attendant de pouvoir le transférer chez Jean LIGONDAY. Je trouve finalement ce qu'il nous faut, dans un village isolé près de la route de St LUMINE DE COUTAIS (La Haie Riaud) à proximité des marais. Cette maison, en réalité une petite ferme, est habitée par Jean-Baptiste GUILBAUD, un célibataire qui y vit avec sa vieille mère. Discrétion assurée ! Tout est alors combiné avec la maison BIRET pour déplacer notre Américain, mais le risque est grand, en raison de la présence de ces 500 Allemands qui cherchent toujours. Notre Américain, qui se prénomme Ralph, est caché au fond d'une charrette de foin attelée avec deux bœufs. Le père BIRET conduit l'attelage, Marcel assurant les arrières. Arrivés à notre maison, située malencontreusement en face de la " Kommandantur ", le père BIRET m'appelle comme convenu, étant donné que je suis sensé partir à la pêche. J'arrive donc avec ma canne à pêche et mon panier de pêche dans lequel ma mère a placé un costume à mon père. Je me souviens de sa couleur marron, Ralph McKee à Basse Indreet aussi de notre embarras quand nous avons constaté qu'il s'en fallait de peu que ce costume ne fut trop petit pour Ralph… les manches arrivant à dix centimètres du poignet, et les jambes dix centimètres au-dessus des chevilles ! Et nous voilà partis pour le marais sans encombre. Une fois arrivés au lieu dit " Le Rond " (4), la seule haie dans ce secteur pouvant servir d'abri, les BIRET s'en vont, et je reste avec Ralph pour le réconforter, lui tenir un moment compagnie et lui expliquer avec les quelques mots d'anglais appris au Lycée, comment nous comptons procéder pour son évasion. Je lui dis que je vais revenir le lendemain le chercher pour le conduire dans une ferme, et qu'ensuite des amis viendront le chercher pour l'emmener ailleurs. Bien entendu, je lui avais donné une couverture pour la nuit (nous sommes en juillet, il fait très beau) et aussi de quoi s'alimenter. Après quelques jours passés sans encombre chez les GUILBAUD, durant lesquels ma mère et moi nous sommes relayés pour lui apporter un complément de ravitaillement, des gens du Réseau(5) sont venus le chercher et l'ont conduit en voiture chez Jean LIGONDAY(6) à BASSE INDRE, première étape vers l'Espagne et l'Angleterre.
Mon rôle était ainsi heureusement terminé…mais la guerre continuait !

(1) Jean CHATAIGNER, a gardé précieusement un souvenir émouvant de Charles AUBERT. En effet, Juste avant d'être fusillé, il avait remis à l'aumônier qui assistait à son exécution, un petit mot destiné à son ami Jean CHATAIGNER, écrit sur deux feuilles de papier à cigarette, au crayon de bois : " très Cher, sois heureux, si un jour tu as un fils, promets-moi de lui donner dans ses prénoms celui de Charles, pour te rappeler ton malheureux ami, je t'embrasse Charlie ". Jean CHATAIGNER n'a pas eu de garçon, mais deux filles et l'une d'elle se prénomme Carole.
(2) Lire la biographie de William Hulett
(3) Lire l'évasion de Ralph McKee
(4) Le Rond des Bresses (précision Jules Jeanneau)
(5) Jean Nicolas, Jean Ligonday et Félix Robic. Selon le témoignage écrit laissé par Jean Nicolas, le voyage de St-Philbert à Basse-Indre se fit à vélo.
(6) Lire la biographie du résistant Jean Ligonday

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